Acteurs Locaux Les deux Savoie – Transports publics : nos voisins alpins visent à limiter la place de la voiture


Acteurs Locaux Les deux Savoie – Transports publics : nos voisins alpins visent à limiter la place de la voiture

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Article N°29136

Acteurs Locaux Les deux Savoie – Transports publics : nos voisins alpins visent à limiter la place de la voiture

Conscients de la nécessité de s’adapter aux changements climatiques et d’adapter leur offre touristique aux demandes de clients plus pointilleux sur les questions d’environnement, Italie, Autriche, Suisse et Slovénie ont concentré leurs efforts et leurs priorités sur l’amélioration des transports et sur la réduction de la place de la voiture dans les stations de sports d’hiver ; ce qui supposait de moderniser l’offre de transports publics. De fait, dans ces pays, 70 à 80% des émissions de gaz à effet de serre d’un séjour hivernal sont dues aux trajets, qui se font généralement - dans 90% des cas - en voiture. La mobilité est donc au cœur de toutes leurs réflexions pour l’économie de la montagne.


Chez nos voisins, les Clubs alpins promeuvent les transports publics et le covoiturage, à l’exemple de la station autrichienne de Silvretta Montafon dans le Vorarlberg. Avec le Green Ticket réservé en ligne, les transports publics sont gratuits à partir de la frontière de la province autrichienne du Vorarlberg et on bénéficie de 10% de réduction sur le matériel de location de ski. L’initiative Alpine Pearls[1] garantit à ses hôtes une mobilité sans aucune voiture personnelle, que ce soit en ski-bus ou en calèche. De fait, personne n’a besoin d’une voiture dans les stations membres du club comme Disentis/Mustér (Suisse, Grisons), Bad Reichenhall (Bavière, région de Berchtesgaden) ou Bled en Slovénie. Les transports publics permettent également de se déplacer dans la vallée de Kleinwalsertal (Autriche, Vorarlberg) grâce à des horaires très réguliers. Les pistes de la Nordkette sont accessibles en vingt minutes directement depuis le centre-ville d’Innsbruck (Tyrol) sans utiliser la voiture individuelle.
Toutefois, sans aucune contestation possible, la Suisse est le pays le plus en avance pour desservir par les transports publics ses stations de montagne. C’est même un atout touristique majeur depuis le 19ème siècle avec ses trains panoramiques[2]. On peut citer parmi ces trains très prisés des touristes en toute saison :
  • Bernina Express. De Saint-Moritz à Lugano.
  • Glacier Express. De Zermatt à Saint-Moritz.
  • Gotthard Panorama Express. De Lugano à Lucerne.
  • GoldenPass Panoramic. D’Interlaken à Montreux.
  • Luzern–Interlaken Express. De Lucerne à Interlaken.

Source : Chemins de fer fédéraux (CFF)
Certaines stations interdisent aussi les véhicules privés, à l’exemple de Zermatt, dans le Valais alémanique[3] et il n’est possible d’y accéder que par les transports publics. À Zermatt, il est possible d’accéder pratiquement à tout à pied. Pour ceux qui le souhaitent, le taxi électrique, la calèche et l’e-bus sont possibles, de même que le vélo dans le village. La SNCF elle-même fait la promotion des stations de ski suisses accessibles en train[4]. Gstaad dispose aussi de sa propre gare ferroviaire. Le Châble est le point d'accès privilégié à Verbier, village du canton du Valais relié au domaine des 4 Vallées et à ses 410 km de pistes. Situé sur le versant suisse du domaine transfrontalier des Portes du Soleil, qui totalise 600 km de pistes, Champéry (Valais) est aussi accessible en train.
La Suisse a des programmes visant à étendre et faciliter l’usage des transports publics en montagne[5]. Pour reprendre les propos de la Maison de la Suisse : « en Suisse, les habitants et les touristes privilégient les transports publics pour leurs déplacements. Ils y ont recours non seulement parce qu’ils offrent un confort et une commodité d’utilisation inégalés, mais aussi parce qu’ils figurent parmi les moyens de visiter le pays les plus respectueux du climat. Grâce à une demande croissante des utilisateurs pour des formes de mobilité plus respectueuses de l’environnement, le train et les autres moyens de transport publics connaissent une renaissance en Europe et au-delà, une évolution positive confirmée par une étude suggérant que les voyageurs sont prêts à payer plus cher s’ils peuvent choisir des modes de transports plus durables ».
L’Autriche suit un modèle proche de celui de la Suisse et les deux pays vantent leur modèle environnemental que ces deux pays disent beaucoup plus respectueux que celui de leurs voisins grâce au train. St. Anton Am Arlberg, village de 2.400 habitants situé dans les Alpes tyroliennes, est considéré comme le berceau du ski alpin. Son domaine skiable compte 305 km de pistes et 88 remontées mécaniques. Il est accessible en train. De même, autre exemple, pour atteindre Bischofshofen, connu pour son tremplin de saut à ski, le mieux est d’emprunter le train à Salzbourg car, de là, un train régional dessert Bischofshofen en 20 minutes.

Source : OBB (chemins de fer autrichiens)
En Autriche, malgré tout, l’accès à la montagne se fait toujours le plus souvent en voiture. 87% des randonneurs et des alpinistes se rendent à leurs excursions en plein air exclusivement ou principalement en voiture, selon des sondages récents des clubs alpins. Seul un tiers d’entre eux utilise - plus ou moins fréquemment - les transports en commun pour se rendre dans le monde de la montagne. La politique autrichienne est pourtant claire. Les Autrichiens estiment que les principaux leviers d’une mobilité respectueuse de l’environnement sont bien connus : « une tarification ciblée du CO2 pour établir la vérité des coûts ainsi qu’un développement ambitieux des transports publics combiné à des cartes de réseau avantageuses ».
Il existe des plans et des initiatives en ce sens. Les travaux préparatoires pour le 1-2-3-Ticket autrichien, une carte de réseau de transports publics pour l’ensemble du territoire fédéral qui est disponible depuis mi-2021 et qui permet en théorie de se passer de voiture, alors que seul le Vorarlberg est réellement doté d’un dense réseau de transports publics. De ce point de vue, le Tyrol, la Carinthie et le land de Salzburg sont en retard. Les Autrichiens réfléchissent actuellement à la mise en place d’une plateforme d’information à l’échelle autrichienne, offrant une vue d’ensemble facilement accessible de toutes les solutions de micro-transports publics, de leurs horaires de fonctionnement et de leurs conditions d’utilisation, en développant l’usage du vélo électrique en parallèle. En effet, que ce soit pour le dernier kilomètre ou pour la randonnée elle-même, il peut être utile d’apporter un vélo (dans les trains et bus régionaux) ou de le louer sur place. Avec un vélo électrique, le rayon d’action s'élargit considérablement - de nombreuses destinations de montagne supplémentaires sont ainsi à portée de main. Les randonnées Bike-&-Hike constituent une autre variante : on utilise le vélo pour monter vers le sommet, dans la mesure où cela est possible et autorisé et on redescend dans la vallée de cette manière.
En Autriche toujours, on peut citer l’action de Bahn zum Berg, organisation à but non lucratif qui encourage l’utilisation des transports publics pour se rendre à des activités de plein air en Autriche. Pour ce faire, ils disposent de la plate-forme www.bahn-zum-berg.at/wien/verschiedene. L’objectif est d’inciter le plus grand nombre possible de personnes à utiliser les transports en commun (train, bus ou taxi collectif) pour se rendre à leurs excursions. La particularité du site www.bahn-zum-berg.at/wien/ réside dans le fait qu’il ne décrit que des randonnées qui disposent de correspondances fonctionnelles avec le train et le bus. Pour toutes les contributions, un horaire en ligne avec des données en temps réel est intégré pour l’arrivée et le départ.
En Italie, les stations sont également facilement accessibles en train. Situé dans le Piémont, Bardonecchia compte 100 km de pistes et 21 remontées mécaniques réparties en trois secteurs (Jaffreau, Colomion et Mèlezet). Autre exemple, Sauze d’Oulx fait partie de la Via Lattea (Voie Lactée), un domaine skiable transfrontalier qui totalise 400 km de pistes adaptées à tous les niveaux. La gare d’Oulx-Cesana-Claviere-Sestrières, située dix minutes après celle de Bardonecchia, est desservie par les trains italiens et le TGV de la ligne Paris-Milan.
***
Côté français, la faiblesse des lignes de chemin de fer en montagne limite la mise en place de dispositifs comparables à ceux de la Suisse et de l’Autriche, sauf à vouloir généraliser l’usage de bus mais, dans ce cas, la question du type de moteur se pose clairement. La question de la rénovation ou de l’extension des lignes françaises reste donc entière. Et l’engorgement des Alpes du nord par le trafic automobile va se poursuivre dans les prochaines années.

A propos de l'auteur : 
Christophe-Alexandre Paillard est fonctionnaire, enseignant et auteur de l'ouvrage «Les nouvelles guerres économiques » - Préface d’Alain Juillet, éditions Ophrys, Paris, 2011 - destiné à vulgariser les grandes thématiques de l’intelligence économique contemporaine.
L’auteur s’exprime à titre personnel et ne représente le point de vue d’aucune institution.
Image : Copyright Christophe-Alexandre Paillard

 
 
 

 

Christophe-Alexandre PAILLARD

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