Après 34 ans d’absence, l’Orchestre de La Suisse romande, pourtant voisin des pays savoyards, est venu donner un très grand concert à Evian à la Grange au lac ce samedi 10 octobre. Ce concert a été l’occasion de rappeler l’existence de cette extraordinaire salle de concert unique en son genre. Il est aussi l’occasion d’évoquer les liens entre musique et pays savoyards au travers de la thématique des Horizons finlandais.
L’Orchestre de la Suisse Romande, sous la direction de la cheffe d’orchestre Eva Ollikainen, a livré un programme sans concession à la Grange au lac d’Évian samedi 10 octobre 2026 au soir, avec un programme intitulé Horizons Finlandais, œuvres autour des contes et légendes. Ce concert a été l’occasion de mettre en lumière des œuvres très connues, comme la symphonie Pathétique de Piotr Illitch Tchaïkovsky ; un peu moins connues, comme les deux poèmes symphoniques de Jean Sibelius, La Fille de Pohjola et Luonnotar ; et une œuvre plus contemporaine et peu connue, Mirage, pièce pour soprano, violoncelle et orchestre de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho, disparue en 2023, interprétée par la soprano Anu Komsi et le violoncelliste Lionel Cottet, que la plupart des auditeurs ont certainement découvert à cette occasion. Installée en France, cette compositrice avait beaucoup travaillé avec l’IRCAM à Paris et avait été élue à l’Académie des Beaux-arts en 2022.
L’Orchestre de la Suisse Romande, pourtant voisin, n’était plus venu à Évian depuis 34 ans, le dernier concert datant du 8 décembre 1992, avant même l’ouverture de la première des deux salles évianaises, la Grange au Lac, construite en l’honneur du célèbre violoncelliste russe Mstislav Rostropovich et ouverte le 20 mai 1993. Ce concert est donc d’autant plus marquant qu’il marquait le retour de cette immense phalange en Haute-Savoie. Aller à l’opéra de Genève et au Victoria Hall pour l’écouter est une chose, même si les deux salles sont à moins d’une heure d’Annecy en voiture ; le voir et l’écouter en Haute-Savoie en est une autre. Il ne fallait donc pas manquer cette soirée qui faisait d’ailleurs écho à la splendide exposition parisienne consacrée au peintre finlandais Pekka Halonen, Un hymne à la Finlande, et qui s’est terminée en février 2026. Cette exposition évoquait largement les compositeurs et artistes finlandais amis d’Halonen, comme Sibelius, et reprenait très largement les thèmes des horizons finlandais mis en valeur samedi à Évian par l’Orchestre de la Suisse romande.
Si les liens musicaux entre la Finlande, la Haute-Savoie ou la Savoie sont des plus ténus, ces régions partagent par contre de nombreux points communs, principalement liés à leur environnement alpin ou nordique, avec une économie en partie axée sur la nature et le tourisme, ainsi qu’une forte culture des sports d’hiver. Ces régions sont, pour les unes, célèbres pour leurs montagnes, leurs grands lacs (Annecy, Bourget, Léman) et leurs forêts ; et, pour l’autre, la Finlande, pour ses paysages de lacs et de forêts boréales immenses. La Haute-Savoie est l’un des berceaux du ski alpin (Chamonix, Megève, Avoriaz) et cumule nombre d’entreprises de l’industrie des sports d’hiver sur son territoire (TSL, Millet, Fusalp, Salomon, etc.). La Finlande est une terre d’élection pour le ski nordique, le saut à ski et le snowboard. Son art de vivre s’est exporté en Haute-Savoie et en Savoie, où de nombreux chalets, hôtels et spas intègrent désormais des saunas et des bains nordiques extérieurs face aux montagnes, sans même parler des thermes d’inspiration nordique de Saint Gervais ou de ceux de Chamonix en Haute-Savoie.
Que représente le site de la Grange au Lac ?[i]
« La Grange au Lac » se situe à Neuvecelle, au-dessus d’Évian-les-Bains, en Haute-Savoie, et propose une programmation musicale de tout premier plan, de niveau mondial, enrichie depuis juin 2026 par l’ouverture d’une nouvelle salle intimiste voisine appelée « la Source vive ». Elle est la très grande salle de concert de la Haute-Savoie et son festival d’été tient la drégée haute aux plus grands festivals symphoniques du monde.
La salle historique ouverte en 1993, réalisée par l’architecte Patrick Bouchain, là où se tiennent les grands concerts symphoniques, est entièrement construite en bois de pin et de cèdre rouge. Elle se situe à mi-chemin entre une grange savoyarde traditionnelle et une datcha russe. La salle intègre 120 bouleaux séchés sur le fond de scène et peut accueillir environ 1.200 spectateurs et 200 musiciens. Intégrée au complexe de l’Évian Resort, cette salle dispose d’une acoustique exceptionnelle. Le site de la Grange au Lac a récemment connu deux années de grands travaux. Inaugurée en juin dernier, la salle de la Source Vive est sortie de terre pour, en complément à la première, se consacrer à la musique de chambre.
Tout au long de l’année, la Grange au Lac accueille concerts, chorales, spectacles de musique troupes de danses. Parmi les différents artistes qui se sont produits sur scène on peut notamment citer l’Orchestre Philharmonique de Berlin, l’Orchestre Philharmonique de Saint Petersburg, l’Orchestre National de Lille, l’Orchestre du Capitol de Toulouse, l’Orchestre National de Lyon, Yehudi Menuhin, Isaac et David Stern, Emmanuel Krivine, Natalie Dessay, Barbara Hendricks, les frères Capuçon, etc.
Quelles ont été les œuvres jouées lors de ce concert du 10 octobre à Evian ?
Première œuvre jouée le 10 octobre, Mirage de Kaija Saariaho est une œuvre concertante pour soprano, violoncelle solo et orchestre composée en 2007. La création mondiale a eu lieu le 13 mars 2008 à la Salle Pleyel à Paris. Les commanditaires étaient l’Orchestre de Paris, le BBC Symphony Orchestra et le Deutsches Symphonie-Orchester de Berlin.
La Fille de Pohjola Op.49 de Jean Sibelius est un poème symphonique composé en 1906. La fille de Pohjola est inspirée du chant VIII de l’épopée nationale finlandaise, le Kalevala. L’œuvre dépeint le vieux barde Väinämöinen voyageant en traîneau dans un paysage nordique crépusculaire. Il aperçoit sur un arc-en-ciel la belle fille de Pohjola, le pays du nord, en train de tisser un vêtement d’or. Elle lui impose des épreuves impossibles, comme bâtir une barque à partir des fragments de son fuseau, qu’il ne parvient pas à accomplir avant de repartir seul. L’œuvre, d’une durée moyenne d’un quart d’heure, réunit une grande formation orchestrale comprenant bois, cuivres, timbales, une harpe et des cordes.
Luonnotar Op.70 de Jean Sibelius est un poème symphonique avec soprano solo composé en 1913, inspiré lui aussi par l’épopée nationale finlandaise du Kalevala. Il a été créé le 10 septembre 1913 à Gloucester, au Royaume-Uni, pays très tôt converti aux charmes de la musique de Sibelius, par la soprano Aino Ackté et le chef d’orchestre Herbert Brewer. L’œuvre dépeint l’histoire de Luonnotar, l’esprit de la nature, qui s’ennuie seule dans le vaste vide et descend sur les vagues pour donner naissance au monde et aux terres (une source d’inspiration affirmée comme telle par l’écrivain britannique Tolkien). Il s’agit d’une œuvre pour soprano solo, flûtes, hautbois, clarinettes, cors, trompettes, trombones, timbales, harpes et cordes.
Pour la seconde partie du concert consacrée à Tchaïkovsky, l’OSR a joué la symphonie Pathétique. Composée entre février et août 1893 et considérée comme son testament musical, la sixième symphonie dite Pathétique de Tchaïkovsky (il est mort quelques jours après avoir achevé cette œuvre), est l’une de ses œuvres les plus célèbres. L’œuvre comporte quatre mouvements : adagio – allegro non troppo, mouvement puissant marqué par un thème anxieux et un second thème mélancolique ; allegro con grazia, avec une valse à cinq temps teintée d’une instabilité rythmique ; allegro molto vivace, scherzo-marche éclatant et triomphal qui prend des allures de final ; finale adagio lamentoso, adagio funèbre et désespéré, noté lamentoso, qui s’éteint lentement ; ce qui n’est pas tout à fait habituel dans la musique symphonique. Le titre russe original choisi par le compositeur était Патетическая ou Pateticheskaya, qui signifie passionnée ou émotive plutôt que pathétique, qui possède un sens péjoratif. Mais c’est son frère Modeste Tchaïkovsky qui proposa le sous-titre français de Pathétique et il est resté.
Tchaïkovsky, Sibelius et les deux Savoie :
Piotr Ilitch Tchaïkovski n’a jamais séjourné ou voyagé en Haute-Savoie ou en Savoie. Il n’existe aucune trace historique mentionnant qu'il ait visité des villes comme Annecy, Chambéry ou Chamonix. Cependant, certains liens géographiques et culturels existent avec la région alpine environnante et la culture locale. Ainsi, Tchaïkovsky a fait des séjours répétés sur le lac Léman, mais du côté suisse. Il a vécu juste en face d’Évian, entre 1877 et 1879, avec trois séjours à Clarens, à côté de Montreux. C’est dans ce cadre qu’il a composé des œuvres majeures, comme son célèbre Concerto pour violon. Dès son enfance en Russie, le compositeur a baigné dans la culture francophone grâce à sa gouvernante, Fanny Dürbach, qui venait de Montbéliard. Elle lui a transmis un amour profond pour la langue française, qu’il parlait couramment, expliquant que Tchaïkovski aimait profondément la France. Mais ses voyages se concentraient essentiellement sur Paris et sur la Côte d'Azur, en particulier à Nice.
Jean Sibelius n’a pas fait mieux. Il a fait 41 séjours à l’étranger au cours de sa vie, mais ses voyages en France se sont concentrés sur Paris. Il s’est rendu à Paris à cinq reprises. Son premier voyage remonte à l’Exposition universelle de 1900, où il accompagnait l’Orchestre philharmonique d’Helsinki. Il y est retourné par la suite, pour s’imprégner de la vie artistique parisienne ou y diriger ses œuvres ; mais ses déplacements ne l’ont pas mené vers la Haute-Savoie ou la Savoie. Lorsqu’il voyageait, il allait plutôt en Europe du Sud, surtout vers l’Italie où il a séjourné de multiples fois, par exemple à Rome ou à Rapallo, en Ligurie, où il a d’ailleurs composé sa célèbre Deuxième Symphonie en ré majeur dont le chef estonien Neeme Järvi a laissé une interprétation magistrale au disque. Il allait aussi en Allemagne et en Autriche, en particulier à Berlin, Munich ou Vienne. Mais les Alpes et la France ne semblaient pas forcément l’intéresser.
L’explication vient sans doute aussi de l’accueil de la musique de Sibelius par la France. Son style est le plus souvent rattaché à un romantisme tardif, à la nature nordique et au cycle de légendes du Kalevala. Sibelius s’est donc heurté à une vraie réticence, pour ne pas dire un mépris ou un snobisme mal placé, des cercles modernistes français de l’époque. Le compositeur et chef d’orchestre René Leibowitz est même allé jusqu’à le qualifier de « plus mauvais compositeur du monde », en raison de divergences esthétiques sur la forme symphonique des œuvres de Sibelius. Ce furent donc les Suisses, avec le chef Ernest Ansermet en tout premier lieu et l’OSR de Genève, et tous les autres (Allemands, Américains, Britanniques, etc.) qui firent de Sibelius et de son œuvre un sommet de la musique dite classique.
La Haute-Savoie et la Savoie n’ont donc pas eu la chance d’accueillir ces deux grands compositeurs, Tchaïkovsky et Sibelius. Et il faut bien avouer que les deux départements savoyards n’ont jamais été la terre d’élection des grands compositeurs européens ou français de manière générale. Maurice Ravel avait des racines familiales en Haute-Savoie, notamment du côté du mont Salève, mais rien de plus. L’exception reste l’Ariégeois Gabriel Fauré qui, entre 1918 et sa mort en 1924, a passé de nombreux séjours estivaux au bord du lac d'Annecy, notamment à Annecy le Vieux. Le retard à rattraper est donc conséquent et la Grange au lac, comme l’Orchestre des pays de Savoie ou les frères Capuçon, jouent un rôle clef de diffusion et de vulgarisation dans les pays savoyards.
Que représente l’Orchestre de la Suisse romande ?
L’histoire de l’Orchestre de la Suisse Romande (OSR) est indissociable de celle de son fondateur, Ernest Ansermet, aujourd’hui enterré au cimetière des rois à Genève. En novembre 1918, ce chef d’orchestre suisse fonde l’OSR à Genève et en assure la direction musicale ainsi que la gestion administrative pendant près de cinquante ans, jusqu’en 1967. Sous sa direction, l’orchestre acquit une réputation internationale immense, devenant le partenaire privilégié de la firme de disques Decca. L’histoire de la musique et celle du disque ont été marquées par d’extraordinaires enregistrements stéréophoniques de la musique française et de la musique russe ; par exemple la deuxième symphonie Antar ou Schéhérazade de Nicolas Rimsky-Korsakov, et surtout les grandes œuvres d’Igor Stravinsky, ami et voisin d’Ansermet en Suisse, comme le Sacre du Printemps, l’Oiseau de feu ou Petrouchka, enregistrements qui restent encore aujourd’hui des références discographiques absolues.
Ernest Ansermet a dirigé et créé de nombreux chefs-d’œuvre mondiaux avec l’OSR ou lors de ses collaborations avec les Ballets Russes, comme L’Histoire du Soldat en 1918, œuvre conjointe d’Igor Stravinsky et de l’écrivain suisse romand Charles-Ferdinand Ramuz ; création rappelée par une plaque dans le hall de l’Opéra de Lausanne.
Aujourd’hui, l’orchestre de la Suisse romande réunit 112 musiciens permanents de 22 nationalités différentes. Le chef d’orchestre russe (en réalité Ossète) Tugan Sokhiev assume la fonction de chef principal et de conseiller artistique pour la saison 2026-2027. L’orchestre dispose à Genève de la célèbre salle du Victoria Hall, sa résidence principale, du Bâtiment des Forces motrices, et du Grand Théâtre de Genève, siège de l’opéra.
Discographie conseillée du concert du samedi 10 octobre d’Évian :
Les œuvres jouées samedi dernier ont fait l’objet d’enregistrements plus ou moins nombreux.
L’œuvre d’introduction de ce concert, Mirage de Kaija Saariaho, a uniquement été enregistrée par l’Orchestre de Paris en 2008. Le choix est donc aisé.
Ce concert a été l’occasion d’écouter deux poèmes symphoniques de Jean Sibelius, la fille de Pohjola et Luonnotar. A la différence de la Pathétique, les enregistrements ne sont pas légion et il faut saluer la volonté de l’Orchestre de la Suisse romande, dans le prolongement du legs musical d’Ernest Ansermet, de poursuivre l’interprétation des œuvres de Sibelius en dehors de ses œuvres les plus connues, comme son concerto pour violon ou la valse triste, et de rappeler à quel point cet orchestre a joué un rôle essentiel dans la culture musicale européenne de ces cent dernières années. L’OSR et Ernest Ansermet ont signé de très importants enregistrements des œuvres de Sibelius, qu’il s’agisse des deuxième et quatrième symphonies, ou de certains poèmes symphoniques comme Tapiola. Par contre, l’enregistrement de référence de l’Orchestre de la Suisse Romande de la Fille de Pohjola a été réalisé par le chef d’orchestre allemand Horst Stein en 1972, toujours disponible chez Decca. Mais il faut attendre 1986 et le label suédois BIS, malgré l’existence de très beaux enregistrements antérieurs, comme ceux des chefs Sir John Barbirolli avec le Hallé Orchestra en 1966, Robert Kajanus, Anthony Collins ou Sir Colin Davis, pour voir arriver l’incontestable enregistrement de référence de la fille de Pohjola, œuvre longtemps jouée mais jamais enregistrée par le chef britannique Sir Thomas Beecham.
Dans l’enregistrement réalisé en 1986 chez BIS de la fille de Pohjola par l’orchestre symphonique de Göteborg, le chef estonien Neeme Järvi donne toute la mesure de son immense talent. Il est aujourd’hui le chef avec un grand C de l’œuvre de Sibelius. Neeme Järvi a enregistré ce chef-d’œuvre à deux reprises avec cet orchestre, dont un autre tout aussi excellent pour Deustche Grammophon en 1996. Dans l’enregistrement de 1986, comme Mravinsky dans la Pathétique, Neeme Järvi adopte une lecture d’une grande rigueur structurelle et refuse de surjouer le pathos, préférant laisser la trame narrative se déployer d’elle-même. L’ouverture de ce poème symphonique est confiée au violoncelle solo et au basson. Neeme Järvi instaure immédiatement un climat de désolation propre à de nombreuses œuvres de Sibelius. L’orchestre suédois joue dans une immense transparence orchestrale, où les cuivres et les bois, qui représentent les sortilèges de la fille de Pohjola, ressortent avec une profonde netteté.
Autre œuvre jouée lors de ce concert d’Évian du 10 octobre, le poème symphonique Luonnotar de Sibelius, avec soprano. Comme pour la fille de Pohjola, la version de référence est celle de Deustche Grammophon et de l’orchestre symphonique de Göteborg avec Neeme Järvi de 1996, bien qu’il existât aussi une très bonne version chez BIS avec le même orchestre, le chef finlandais Jorma Panula et la soprano Mari Anne Häggander. Dans l’enregistrement Järvi, la soprano est la Finlandaise Soile Isokoski. Cette soprano fait preuve d’une grande précision d’intonation et d’une grande maîtrise des dynamiques et de la tessiture élevée exigées par la partition. Une fois de plus dans les poèmes symphoniques de Sibelius, Neeme Järvi transmet parfaitement l’atmosphère mystérieuse, tellurique et primordiale de ce poème symphonique pour voix et orchestre. Son interprétation met en valeur la structure complexe et l’écriture ciselée de Sibelius, évitant tout excès ou lourdeur mélodramatique, pour privilégier une vraie tension symphonique. Du grand art là encore.
Enfin, dernière œuvre jouée, la Symphonie n°6 dite Pathétique de Piotr Ilitch Tchaïkovsky a évidemment fait l’objet de multiples enregistrements. Le premier a été réalisé en 1923 par le chef d’orchestre britannique Sir Landon Ronald, à la tête du Royal Albert Hall Orchestra, là où se tient chaque été le festival des Proms de Londres, immédiatement suivi en 1926 par le London Symphony Orchestra avec son chef Albert Coates, chef anglo-russe, fin connaisseur de l’œuvre de Tchaïkovsky. Depuis ces dates, la symphonie Pathétique a été enregistrée un nombre considérable de fois et il est parfois difficile de s’y retrouver face au nombre d’enregistrements existants. Tous les chefs les plus prestigieux ont eux-mêmes enregistré cette symphonie, mais le compte n’y est pas toujours véritablement pour des raisons très variées. Pour n’évoquer que des interprétations de référence que je possède dans ma propre collection, on peut citer Wilhelm Furtwängler en 1938, avec la Philharmonie de Berlin ; Willem Mengelberg en 1941, avec l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam ; Arturo Toscanini en 1942 et 1950, avec l’Orchestre symphonique de la NBC ; Herbert von Karajan en 1939, 1948, 1971 et 1984, avec alternativement la Philharmonie de Berlin ou celle de Vienne ; Ernest Ansermet en 1959, avec l’Orchestre de la Suisse romande ; Hermann Scherchen en 1960, avec l’Orchestre de l’Opéra d’État de Vienne ; Eugène Ormandy en 1960 avec The Philadelphia Orchestra ; Evgueni Svetlanov en 1970, avec l’Orchestre symphonique d’État de l’URSS pour le label soviétique Melodia. Pour ne citer que ceux-là !
Mon choix se porte toutefois très naturellement sur l’enregistrement que je considère comme la référence incontournable, couplé avec les quatrième et cinquième symphonies de Tchaïkovsky. Il s’agit de l’enregistrement d’Evgueni Mravinsky, à la tête de l’Orchestre philharmonique de Léningrad, qui reste pour beaucoup de critiques et de mélomanes la référence absolue. Enregistrée en 1960, cette interprétation a été rééditée par la maison de disques Deutsche Grammophon (DGG) dans la collection « the Originals ». Comme toujours avec Tchaïkovsky, l’écueil réside dans les lamentations ou le sentimentalisme facile souvent associé à la Pathétique. Mravinsky aborde la partition avec une très grande rigueur, une très grande précision et d’importants contrastes dynamiques. La qualité des cuivres et des cordes est sans doute ce qui semble le plus évident à l’écoute de cet enregistrement. Enfin, Mravinsky impose une très grande rigueur du tempo, culminant dans un Adagio lamentoso, le dernier mouvement, d’une forte sobriété. Un chef d’œuvre du disque !
Références des disques cités et conseillés des œuvres jouées à Évian le 10 octobre :
- Saariaho : notes on Light, Orion et Mirage, Karita Mattila (soprano), Anssi Karttunen (violoncelle) et l’Orchestre de Paris, sous la direction de Christoph Eschenbach (Ondine, octobre 2008, référence ODE 1130-2).
- Sibelius : la fille de Pohjola, avec Rakastava (L’Amoureux) Op. 14, Tapiola Op. 112 et l’Impromptu pour cordes « Andante Lirico », avec l’Orchestre Symphonique de Göteborg et Neeme Järvi (enregistrement de 1986 chez BIS de référence BIS-CD-312).
- Sibelius : le disque comprend Finlandia, Luonnotar, la suite Karelia, les Océanides, Le Roi Christian II et l’Andante festivo. Il réunit la soprano Soile Isokoski, avec l’Orchestre Symphonique de Göteborg et Neeme Järvi (enregistrement de mars 1996 chez Deustche Grammophon de référence B0000012WX).
- Tchaïkovsky : symphonie n°6 Pathétique, avec les quatrième et cinquième symphonies, Orchestre philharmonique de Leningrad et Evgueni Mravinsky (compilation de 2 CDs, Deustche Grammophon, de référence 00289 477 5911).



Les prochains concerts à Évian :
Samedi 14 novembre, l’Ensemble Pygmalion, sous la direction de Raphaël Pichon, et les solistes Sabine Devieilhe, soprano, Xenia Puskarz Thomas, mezzo-soprano, Kieran Carrel, ténor et Huw Montague Rendall, baryton, interprèteront le Christus factus est, WAB 11 et l’Ave Maria, WAB 6 d’Anton Bruckner ; le Miserere - Hora est et le Da nobis pacem de Felix Mendelssohn ; le Lacrimosa son Io, D 131b de Franz Schubert ; le Sanctus de la Messe en ut mineur K. 427/K. 417a de WA Mozart ; et l’Ave Regina Caelorum, MH 140 de Joseph Haydn. Pour la première fois invités d’Évian, Raphaël Pichon et son Ensemble Pygmalion vont jouer ces pièces de Haydn, Mendelssohn ou Schubert dans une magnifique lecture donnée par ce quatuor de solistes d’exception.
Samedi 28 novembre, habitué des lieux, Renaud Capuçon, avec l’Orchestre de Chambre de Lausanne et Arielle Beck au piano, donneront la Symphonie n°29 en la majeur K.201/186a et le Concerto pour piano n°9 en mi bémol majeur K.271 « Jeune homme » de Mozart, ainsi que la Symphonie n°7 en si mineur D. 759 « Inachevée » de Franz Schubert. Révélation soliste instrumentale des Victoires de la musique classique 2026, Arielle Beck est l’une des étoiles montantes du piano.
Le festival musical de l’Avent d’Évian débute le 4 décembre jusqu’au 20 décembre.
A propos de l’auteur : Christophe-Alexandre Paillard est fonctionnaire, enseignant, auteur des « nouvelles guerres économiques » chez Ophrys (préface d’Alain Juillet, Paris, 2011) destiné à vulgariser les grandes thématiques de l’intelligence économique contemporaine.
L’auteur s’exprime à titre personnel et ne représente le point de vue d’aucune institution
Images :
Photographies de Christophe-Alexandre Paillard
Affiche du concert : Ville d'Evian
Christophe-Alexandre PAILLARD